L’Évêque Primat prêche sur « le pardon, le repentir, la guérison et la réconciliation », en Haïti

Michael B. Curry, l’Évêque Primat de l’Église épiscopale (au centre), l’évêque d’Haïti Jean Zaché Duracin (à gauche) et l’évêque suffragant d’Haïti Ogé Beauvoir (à droite) s’entretiennent avant l’Eucharistie solennelle du mardi 23 mai à Port-au-Prince en Haïti. Les évêques et les membres du Comité permanent diocésain ont solennellement signé un pacte visant à guérir et réconcilier le diocèse. Photo : Michael Hunn

[Episcopal News Service] L’Évêque Primat Michael Curry a prononcé un sermon « à l’occasion de la signature liturgique du pacte de réconciliation », le 23 mai à l’Episcopal Theological Seminary de Port-au-Prince en Haïti. L’ensemble du clergé du diocèse a assisté à la liturgie spéciale.

« Le pardon et le repentir, la guérison et la réconciliation mutuels sont un travail ardu qui prend souvent du temps. Guérison et réconciliation ne surviennent pas rapidement. Mais elles surviennent si nous sommes disposés à permettre à la grâce de Dieu d’œuvrer en nous, car la grâce de Dieu est suffisante. Dieu le peut », a déclaré Michael Curry dans son sermon.

Le 24 avril, l’Église épiscopale a annoncé que Michael Curry, l’évêque d’Haïti Jean Zaché Duracin, l’évêque suffragant d’Haïti Ogé Beauvoir et le Comité permanent diocésain avaient conclu un pacte qui « vise à traiter et à résoudre les nombreux points de conflit qui ont pesé sur le diocèse ».

La liturgie du 23 mai comprenait une signature officielle du Pacte qui est entré en vigueur en avril.

Sermon à l’occasion de la signature liturgique du Pacte de réconciliation
Le Diocèse épiscopal d’Haïti
L’Évêque Primat Michael B. Curry
le mardi 23 mai 2017

 « Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent mais ils eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ; de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » Matthieu 28:16 à 20

I.

Mes frères et sœurs, je vous salue au nom de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Je vous transmets de même les salutations de vos frères et sœurs en Christ qui sont, avec vous, l’Église épiscopale ou, mieux encore, la branche épiscopale du Mouvement de Jésus.

Je remercie notre Dieu pour vous, pour les ministères fidèles du clergé et des laïcs ici. Pour vous, le clergé de ce diocèse, pour les gens des églises, des paroisses et des missions, pour toutes les écoles qui éduquent de nouvelles générations d’enfants, pour les cliniques et les hôpitaux qui prennent soin des malades, pour des ministères comme l’école Saint-Vincent pour enfants handicapés, le centre d’agriculture Saint-Barnabas, l’école de musique Sainte-Trinité, pour les ministères que vous et beaucoup d’autres partagez avec des groupes comme l’Episcopal Relief and Development, Fresh Ministries, Food for the Poor, Heifer International, l’Université épiscopale d’Haïti et beaucoup, beaucoup d’autres.

Mais je tiens à ajouter un mot spécial de remerciement et de gratitude à Dieu tout puissant. Dans le Sermon sur la montagne que l’on trouve dans Matthieu aux chapitres 5 à 7, le Seigneur Jésus nous a enseigné que bien souvent on réalise le chemin de l’amour par notre volonté de faire un effort supplémentaire, parfois lorsque cela fait mal. Le chemin de l’amour, nous a enseigné Jésus, est le chemin de croix, la volonté de sacrifier son propre intérêt, voire soi-même, pour le bien d’autrui. C’est le chemin de Jésus. Et il est notre Seigneur ! Et nous sommes ses disciples.

Et vous,
le révérend clergé de ce diocèse béni,
vous, le comité permanent,
vous, chanceliers et autres membres du clergé, et autres leaders laïcs de l’Église ici,
et tout particulièrement vous, mes frères évêques bien-aimés,
l’évêque Zaché Duracin, l’évêque Ogé Beauvoir,
vous qui à travers ce Pacte êtes disposés à faire l’effort supplémentaire, comme Jésus nous l’a enseigné.
Pour le bien du peuple, pour le bien de la nation et pour le bien du Diocèse épiscopal d’Haïti.
Vous avez sacrifié votre propre intérêt pour le bien de tous.
Vous êtes disposé à commencer ce travail ardu et difficile de guérison.
Vous êtes disposé par ce Pacte à ouvrir la voie qui mène à la réconciliation.

Je vous en remercie. Gloire à Dieu !

C’était sur la croix, alors qu’il était mourant, que notre Seigneur Jésus a pardonné même à ceux qui l’avaient torturé et crucifié. « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Notre frère bien-aimé, l’archevêque Desmond Tutu d’Afrique du Sud, nous a montré que Jésus sur la croix nous enseigne que le pardon est le chemin vers un nouvel avenir. Il dit que sans pardon il n’y a pas d’avenir.

Le pardon et le repentir, la guérison et la réconciliation mutuels sont un travail ardu qui prend souvent du temps.  Guérison et réconciliation ne surviennent pas rapidement. Mais elles surviennent si nous sommes disposés à permettre à la grâce de Dieu d’œuvrer en nous, car la grâce de Dieu est suffisante. Dieu le peut.

Et grâce à ce Pacte, nous – l’évêque Duracin, l’évêque Beauvoir, le comité permanent, le révérend clergé et moi-même, votre évêque primat, tous ensemble, nous franchissons ce pas par lequel chacun de nous se repent de toute façon dont nous nous sommes fait du mal les uns les autres, nous franchissons ce pas vers le pardon mutuel, vers  la guérison de Dieu, vers la réconciliation par le sang de Jésus Christ sur la croix. C’est ce que je m’engage à faire, et je prie et suis convaincu que vous allez vous joindre à moi.

Nous ne sommes pas parfaits. Nous ferons des erreurs en cours de route. Mais si nous insistons, en suivant le chemin de Jésus, en marchant ensemble, en nous respectant les uns les autres, nous y arriverons car la puissance divine œuvrant en nous peut faire plus que ce que nous demandons ou imaginons.  Et ce monde a besoin de notre témoignage. Les gens ont besoin de connaître la puissance divine de guérison, de pardon, de réconciliation et de reconstruction. Les gens ont besoins de connaitre la puissance de notre foi alors que nous avançons vers le Royaume de Dieu.

Comme Saint Paul l’a dit dans l’épître aux Philippiens :

Frères, je n’estime pas l’avoir déjà saisi. Mon seul souci : oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant, je m’élance vers le but, en vue du prix attaché à l’appel d’en haut que Dieu nous adresse en Jésus-Christ (Épître aux Philippiens 3:13 et 14 TOB).

II.

Alors pourquoi est-ce important ? Pour Haïti ? Pour le monde ? Prêtez attention à la racine, à la source, à l’origine. La clef est toujours là, à la racine.

Je suis récemment allé en pèlerinage au Ghana en Afrique de l’Ouest. J’avais été au Ghana auparavant mais je ne m’étais pas rendu aux camps d’esclaves ni aux châteaux où les personnes nouvellement capturées, étaient emprisonnées puis embarquées sur des bateaux pour être vendues en esclavage aux Amériques et aux Caraïbes.

Sur les sites des camps d’esclaves, on peut encore voir ce qui s’est passé. Les écuelles ciselées dans la pierre par les esclaves, il y a des centaines d’années, sont encore là. Les puits creusés dans la terre sont encore là. Les cimetières pour ceux qui sont morts sont encore là. Dans la tradition orale de nos ancêtres qui ont raconté l’histoire de ce qui s’est passé là, transmettant l’histoire de génération en génération, vous pouvez voir et entendre les cris de nos ancêtres africains, désirant ardemment pouvoir respirer librement.

Et puis il y avait là des arbres dans le champ entourant les camps d’esclaves. Ils attachaient les gens à ces arbres la nuit. Ces arbres ont tout vu. Ces arbres, qui sont encore là, sont témoins de ce qui s’est passé. Ces arbres, tout comme l’arbre qui est devenu une croix, portent témoignage.

L’un de ces arbres, sur lequel sans aucun doute des centaines d’esclaves ont été attachés, avait un réseau de racines comme je n’en ai jamais vu, des racines aériennes grandes et épaisses. Et vous pouviez les voir creuser dans le sol là où l’on peut trouver des minéraux et des sources de vie. Les racines de l’arbre sont la clef de la vie de l’arbre.

Le prophète Jérémie l’a dit de cette manière :

« Béni, l’homme qui compte sur le Seigneur :
le Seigneur devient son assurance.
Pareil à un arbre planté au bord de l’eau
qui pousse ses racines vers le ruisseau,
il ne sent pas venir la chaleur,
son feuillage est toujours vert ;
une année de sécheresse ne l’inquiète pas,
il ne cesse de fructifier » Jérémie 17:7 et 8

Les racines de ce vieil arbre africain sont la clef de sa vie. Les racines de ce Diocèse seront la clef de sa vie et de son avenir. Et les racines de ce Diocèse sont en Jésus Christ qui a dit :

« Demeurez en moi comme je demeure en vous. De même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même porter du fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». Jean 15:4 et 5.

Jésus de Nazareth, crucifié et ressuscité d’entre les morts, est la racine, lui et son chemin sont les clefs de l’avenir du Diocèse d’Haïti et de l’Église épiscopale tout entière. Jésus est la racine qui nous ancre lorsque les tempêtes de la vie menacent de nous détruire.

III

Pourquoi ce travail de réconciliation, ce Pacte, sont-ils importants ? Il s’agit des racines. Les racines de ce vieil arbre africain sont la clef de sa vie. Les racines de ce Diocèse seront la clef de sa vie et de son avenir.

Lorsque j’ai rencontré l’évêque et le comité permanent l’été passé, nous nous sommes réunis dans la salle de conférence de la maison diocésaine. En m’asseyant à ma place, j’ai regardé devant moi de l’autre côté de la pièce. Et là, sur le mur, il y avait le célèbre portrait de l’évêque James Theodore Holly, le premier évêque de ce diocèse.

Lorsque j’ai vu ce portrait, cela m’a rappelé un profond souvenir d’enfance. Mon père était prêtre de l’Église épiscopale. Et comme beaucoup de prêtres d’origine africaine de l’Église épiscopale d’alors, il avait des exemplaires des livres du Père George Freeman Bragg, Jr.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le Dr Bragg, recteur de St. James’ Baltimore, retraçait l’historique des fils et filles d’Afrique dans l’Église épiscopale.

Lorsque j’étais enfant, j’avais l’habitude de jouer dans le bureau de mon père. Et je me souviens avoir feuilleté ses livres. L’une des photographies et des biographies était cette photo de l’évêque James Theodore Holly. J’ai vu cette photo de lui lorsque j’étais tout petit. Et il a été un héros de longue date pour moi.

Depuis encore plus longtemps, l’évêque Holly est un héros et un saint ici, à présent l’un des saints et des notables du calendrier officiel de notre Église épiscopale. Un témoin de la force de Jésus et dont l’espoir dans un nouvel avenir pour le peuple de cette belle île favorise encore la croissance de ce diocèse ainsi que de l’Église épiscopale elle-même.

Peu après que l’évêque Holly ait quitté les États-Unis et ait emménagé ici, 43 membres du groupe qui avait émigré avec l’évêque sont morts de la fièvre jaune et du paludisme, dont son épouse et plusieurs de ses enfants. Mais lui et d’autres sont restés. L’évêque Holly aimait Haïti et le gouvernement lui a ultérieurement donné la citoyenneté haïtienne. Et il est enterré ici en Haïti.

À un certain moment de son ministère, l’évêque Holly est retourné aux États-Unis pour lever des fonds et obtenir l’appui de toute l’Église épiscopale en faveur de l’église d’Haïti. Lors d’une intervention, il a plaidé en faveur de la continuation du soutien financier de ses travaux. Son intervention avait pour titre : « A Vindication of the Capacity of the Negro Race for Self-Government, and Civilized Progress as Demonstrated by Historical Events of the Haitian Revolution » [Justification de la capacité de la race nègre à l’autonomie gouvernementale et au progrès civilisé comme l’ont démontré les événements historiques de la révolution haïtienne].

Il a rappelé au public que, sous la direction de Toussaint Louverture, le peuple haïtien, arrivé ici comme esclave, avait fait quelque chose d’incroyable. En ce qui concerne l’indépendance américaine, la plupart des colons américains avaient pour le moins une certaine apparence de liberté avant l’indépendance. C’étaient des colons, pas des esclaves. Mais la révolution haïtienne a été une révolution d’esclaves. Et tout comme les Hébreux sous Moïse dans la Bible, ils ont exigé et obtenu leur liberté.

L’évêque Holly l’a expliqué de cette façon :

La révolution en Haïti « est l’une des réactions les plus nobles, les plus grandes et les plus justifiées contre l’oppression tyrannique enregistrée dans les annales de l’histoire mondiale.

Une race d’hommes pratiquement déshumanisés – rendus ainsi par un esclavage oppressif de trois siècles – s’est réveillée de son profond sommeil et a réparé les tords inégalés à son encontre avec une main terrible, au nom de Dieu et de l’humanité ».

« Au nom de Dieu et de l’humanité ». Elles sont là : dans cette voix, dans ces paroles, dans l’esprit de James Theodore Holly qui a vécu pour cette Église et cette terre ; elles sont là les racines de ce diocèse.

Les racines de ce diocèse sont dans le désir ardent de l’évêque Holly que l’Évangile d’amour, de libération et de vie de Jésus-Christ soit proclamé parmi les descendants d’Afrique ici en Haïti.

Les racines de ce Diocèse sont dans la conviction passionnée de l’évêque Holly que, en suivant le chemin de Jésus, l’Église ici pourrait aider le peuple et la nation d’Haïti à se relever et à se réclamer du grand appel parmi les nations de la terre.

Mais finalement les racines de ce Diocèse sont dans celui dont Isaïe prophétisait lorsqu’il déclarait :

« Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines » Isaïe 11:1.

Les racines de ce Diocèse sont en Jésus-Christ qui est mort et est ressuscité d’entre les morts, par la puissance aimante de notre Dieu qui, selon la Bible, fait toute chose nouvelle.

Ainsi, en nous y tenant fermement, enracinés dans la foi de Jésus-Christ, permettons au Diocèse d’Haïti de se relever et d’aller de l’avant sur de nouvelles bases !

Relevez-vous, allez de l’avant et de toutes les nations faites des disciples.

Relevez-vous, allez de l’avant et proclamez la Bonne Nouvelle de Jésus à toute la création.

Continuez à prêcher l’Évangile.

Continuez à enseigner aux enfants.

Continuez à guérir les malades.

Continuez à nourrir les affamés.

Continuez à aimer les orphelins.

Continuez à être aux côtés des pauvres.

Et n’oubliez jamais que vous ne faites pas cela tout seul. Vos amis épiscopaliens sont à vos côtés.

Car nous ne sommes pas simplement l’Église épiscopale. Ensemble nous sommes la branche épiscopale du Mouvement de Jésus. Et Jésus l’a promis : « Je serai avec vous toujours, jusqu’à la fin du monde ».

Que Dieu vous aime. Que Dieu vous bénisse. Et que vous gardiez la foi. Amen !

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