Le slogan « Trinité impie » : un appel à une triple action contre la pauvreté, le racisme et la violence armée

La conférence épiscopale a attiré des participants de 37 diocèses, 25 évêques

Public procession for Unholy Trinity in Chicago

En partant de la gauche, Jeffrey Lee, évêque du diocèse de Chicago, Ian Douglas, évêque du diocèse du Connecticut, Mark Beckwith, évêque du diocèse de Newark, Eugene Taylor Sutton, évêque du diocèse du Maryland et Mariann Edgar Budde, évêque du diocèse de Washington, portent la bannière de la conférence « Unholy Trinity » [Trinité impie] alors qu’ils sont à la tête d’une procession le 21 avril dans les rues du quartier d’Hyde Park à Chicago. Photo : David Paulsen/Episcopal News Service

[Episcopal News Service – Chicago (Illinois)] Désireux de trouver des solutions aux problèmes de la pauvreté, du racisme et de la violence armée, des évêques, membres du clergé et laïcs de l’Église épiscopale se sont réunis pendant trois jours la semaine dernière pour une conférence à Chicago, la ville américaine qui a enregistré le plus grand nombre d’homicides en 2016.

La vague récente de violence meurtrière dans la ville a servi de sombre toile de fond à la conférence « Unholy Trinity » [Trinité impie] organisée par Bishops United Against Gun Violence [Les évêques unis contre la violence armée] du 20 au 22 avril à la Lutheran School of Theology (école de théologie luthérienne) dans le quartier d’Hyde Park de la ville. Mais les intervenants ont tour à tour souligné que le problème n’est pas localisé dans cette seule ville et que les perspectives ne sont pas aussi moroses que le suggèrent les « unes » de nombreux médias.

Michael Pfleger speaks

Michael Pfleger, prêtre catholique et militant de Chicago, s’exprime depuis le podium, à mi-parcours de la procession Unholy Trinity (Trinité impie) le 21 avril. Photo : David Paulsen/Episcopal News Service

La conférence a attiré quelque 150 participants de 37 diocèses épiscopaux, y compris 25 évêques et un évêque élu. Les participants étaient principalement des épiscopaliens, bien que d’autres dénominations chrétiennes aient été également représentées, dont des luthériens et des presbytériens ainsi qu’un prêtre catholique, Michael Pfleger, qui a prêché à mi-parcours de la  procession publique le 21 avril.

L’un des thèmes de base de la conférence était la manière dont l’Église épiscopale et les chrétiens en général ont une capacité unique à être une force de changement dans le pays en dépit de redoutables défis. Parmi ces défis, on trouve la conviction de certains chrétiens que les questions de justice sociale ne doivent pas être celles de l’église, position que le révérend Julian DeShazier a décortiqué le 21 avril lors de la principale présentation « à trois » de la conférence.

« Depuis quand se préoccuper de la justice est-il devenu quelque chose de révolutionnaire pour les chrétiens ? » Julian DeShazier a posé cette question rhétorique aux participants à la conférence dans la chapelle de la School of Theology (école de théologie).

 

Julian DeShazier, pasteur principal de l’University Church à l’université de Chicago et également musicien de hip-hop connu sous le nom de J.Kwest, a déclaré que trop d’églises chrétiennes sont devenues des « groupes de réflexion » alors qu’elles devraient être des « centres d’action ». Fort de l’expérience du travail de sa congrégation avec des militants du quartier South Side de Chicago, il a fait pression sur l’université pour ouvrir un centre de traumatologie. Malgré des taux élevés de violence, les quartiers environnants n’ont aucun centre de traumatologie à proximité.

 

Les deux autres intervenants étaient Natalie Moore, une reporter de WBEZ-FM qui couvre le quartier South Side et la révérende Kelly Brown Douglas, professeure de religion au Goucher College à Baltimore (État du Maryland) et  chanoinesse théologienne à la Washington National Cathedral.

Natalie Moore a affirmé que le racisme est l’un des éléments qui attire l’attention au niveau national sur la violence à Chicago et suggéré également qu’il y a un motif politique derrière les critiques sur la ville, ville natale de l’ancien Président Barack Obama. Elle a invité les auditeurs à aller au-delà des stéréotypes, tels que le centre urbain comme zone de guerre, lorsqu’ils œuvrent pour mettre fin à la violence armée.

Kelly Douglas, lors de son intervention, a présenté en détail les racines du racisme dans l’Amérique de l’époque coloniale avant d’expliquer le réquisitoire de la suprématie blanche aux États-Unis. Les taux plus élevés de pauvreté et d’incarcération auxquels sont confrontés les noirs aujourd’hui, soutient-elle, sont les conséquences permanentes de « l’histoire violente anti-noir qui participe à la définition de l’identité américaine ».

Compte tenu de cette oppression historique et systémique, pourquoi s’étonner que les noirs soient confrontés à une plus grande menace de violence, demande Kelly Douglas.

« Le système est structuré de façon à les conduire à leur mort et non pas à leur vie » explique-t-elle.

Si les paroles des trois intervenants étaient censées mettre les participants à la conférence face aux dures réalités historiques du racisme, de la pauvreté et de la violence armée, le reste de la conférence avait en grande partie pour objectif d’enseigner les moyens de transcender ce passé et de changer le système oppressif qui persiste aujourd’hui.

L’action contre la violence armée est depuis longtemps soutenue par la Convention générale de l’Église épiscopale, qui a adopté  des résolutions remontant à 1976 à l’appui de diverses formes de contrôle des armes.

Les ateliers proposés l’après-midi du 21 avril comportaient des débats sur la façon d’exercer des pressions sur les législateurs, de collaborer avec les chrétiens évangéliques sur ces questions et d’élaborer des campagnes communautaires. Lors d’une séance, la révérende Carol Reese a parlé de son travail d’aumônier au centre de traumatologie de l’hôpital John H. Stroger Jr. de Chicago, tandis que lors d’une autre séance, une délégation du diocèse du Massachusetts a expliqué comment le diocèse avait réussi à travailler avec des jeunes dans le cadre d’ un programme appelé B-Peace for Jorge, dénommé ainsi en souvenir d’un jeune homme assassiné en 2012.

Eugene Taylor Sutton, l’évêque du diocèse du Maryland, dirige les chants et slogans de la foule pendant la procession Unholy Trinity (Trinité impie). Photo : David Paulsen/Episcopal News Service

Les évêques qui ont convoqué et organisé la conférence se sont fait l’écho de l’appel à l’action lancé le dernier jour, le 22 avril. Ian Douglas, évêque du diocèse du Connecticut et Mark Beckwith, évêque du diocèse de Newark ont réparti les participants en quatre groupes pour échanger leurs idées sur les principales priorités, à savoir la liturgie publique, la stratégie de communication, le plaidoyer politique et l’organisation communautaire. Et Jeffrey Lee, l’évêque du diocèse de Chicago, s’est ensuite adressé à la conférence tout entière sur la façon dont la liturgie publique peut atteindre les gens au-delà des murs d’une église.

La conférence a montré la force de la liturgie publique le soir du deuxième jour avec une procession dans les rues qui mènent à l’Université de Chicago.

Edouard Konieczny, l’évêque du diocèse d’Oklahoma, a démarré la procession par un discours sur les marches de la School of Theology (école de théologie). Les évêques Jeffrey Lee, Ian Douglas et Mark Beckwith ainsi qu’Eugene Taylor Sutton, évêque du diocèse du Maryland et Mariann Edgar Budde, évêque du diocèse de Washington, ont alors porté la bannière de la conférence alors qu’ils étaient en tête de la foule pour descendre la 55e rue et l’avenue Ellis jusqu’à Midway Plaisance Park où Michael Pfleger a fait son discours.

Edouard Konieczny, évêque du diocèse d’Oklahoma s’adresse à la foule avant la procession le 21 avril. Photo : David Paulsen/Episcopal News Service

Chacune des trois journées a commencé par une étude contextuelle de la Bible sous la direction de Dora Rudo Mbuwayesango, professeure d’Ancien Testament au Hood Theological Seminary à Salisbury (État de Caroline du Nord). Les participants ont étudié deux passages peu familiers de l’Ancien Testament et la parabole bien connue du Bon Samaritain, fouillant les textes à la recherche d’un sens biblique plus profond tout en en discutant également dans le contexte de la conférence.

– David Paulsen est rédacteur et journaliste de l’Episcopal News Service. On peut le joindre à l’adresse  dpaulsen@episcopalchurch.org.

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