La politique d’immigration de Donald Trump force l’Église épiscopale à réduire son réseau de réinstallation des réfugiés

Une démarche « stratégique » destinée à préserver la solidité d’Episcopal Migration Ministries, selon son directeur

Bien qu’auparavant scolarisée en sixième année, Ayesh, qui a fui le Gouvernorat d’Idleb en Syrie pour se rendre en Turquie, ne va pas à l’école. Photo : UNICEF/Shehzad Noorani

[Episcopal News Service] En 2018, L’Episcopal Migration Ministries (EMM) va diviser par six son réseau de trente-et-un membres affiliés en raison de l’évolution de la politique des États-Unis qui va diminuer de plus de la moitié le nombre de réfugiés se réinstallant dans le pays chaque année.

Ces affiliés et les diocèses de l’Église épiscopale dans lesquels ils sont situés, sont les suivants :

  • Refugee One à Chicago dans l’llinois (Diocèse de Chicago).
  • Lutheran Social Services of Northeast Florida à Jacksonville (Diocèse de Floride).
  • Lutheran Social Services of North Dakota à Fargo et Lutheran Social Services of North Dakota à Grand Forks (Diocèse du Dakota du Nord).
  • Ascentria Care Alliance à Concord dans le New Hampshire (Diocèse du New Hampshire).
  • Ascentria Care Alliance à Westfield dans le Massachusetts (Diocèse de l’Ouest du Massachusetts).

EMM ne réinstallera pas de réfugiés par l’entremise de ces affiliés pendant l’exercice fédéral 2018 (du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2018).

Les fermetures prévues sont une disposition douloureuse mais stratégiquement nécessaire, confie le chanoine E. Marquez Stevenson, directeur d’EMM, à Episcopal News Service. Qui plus est, elles arrivent à la suite de deux autres décisions récentes visant à réduire l’empreinte d’EMM, l’une directement liée à l’évolution de la politique gouvernementale concernant les réfugiés et l’autre pas.

« C’est douloureux, c’est horrible mais nous espérons – nous prions – que nous ayons pris les bonnes décisions pour la santé du réseau global et pour le bien-être des réfugiés », poursuit-il. « C’est notre souci numéro un ».

À la suite des décrets du président Donald Trump sur l’immigration qui réduisent de plus de la moitié le nombre de réfugiés pouvant être réinstallés chaque année dans le pays, le département d’État des États-Unis a émis une directive à l’intention des organismes de réinstallation annonçant au maximum 50 000 admissions de réfugiés au cours du prochain exercice. Le plus récent des deux décrets de Donald Trump se trouve ici.

Mark Stevenson explique qu’EMM et les huit autres organismes de réinstallation qui travaillent sous contrat fédéral américain pour réinstaller des réfugiés « étudient la façon de se structurer pour avoir la taille qui convient pour l’exercice 2018 ».

Les autres organismes de réinstallation sont Church World Service, Ethiopian Community Development CouncilHIAS (auparavant connu sous le nom de Hebrew Immigrant Aid Society), International Rescue Committee, Lutheran Immigration and Refugee Service, U.S. Committee for Refugees and Immigrants, U.S. Conference of Catholic Bishops’ Migration and Refugee Services et World Relief (selon le droit fédéral, les réfugiés ne peuvent entrer aux États-Unis que sous les auspices d’un de ces organismes).

« Nous étudions également comment nous structurer pour rester en bonne santé pour le reste de cette année car une grande partie du financement qui provient du gouvernement fédéral est calculé sur le nombre de réfugiés arrivant aux États-Unis », ajoute-t-il.

Ainsi, lorsque les réfugiés ne peuvent pas entrer aux États-Unis, les organismes de réinstallation comme EMM reçoivent beaucoup moins d’argent fédéral que prévu. Cette réduction rend également plus difficile la prestation de services continus aux réfugiés déjà réinstallés aux États-Unis.

Les administrateurs de chacun des neuf organismes sont forcés de faire des choix pour préserver l’intégrité du réseau d’organismes et d’affiliés de la meilleure manière pour les réfugiés.

« Il est important que nous ayons un système permettant de réinstaller les réfugiés là où ils sont en sécurité, où c’est abordable, où l’occasion leur est donnée de prospérer en tant que nouveaux Américains », explique Mark Stevenson.

En gardant ceci à l’esprit, dit-il, chaque organisme fait des choix en fonction de là où il opère à présent, où il opère en partenariat avec d’autres organismes et où, compte tenu des nationalités prévues des réfugiés futurs, d’anciens réfugiés ont formé des communautés qui peuvent aider les nouveaux venus.

« Nous ne voulons pas abandonner une communauté complètement à son sort », poursuit Mark Stevenson.

Le chanoine E. Mark Stevenson et le personnel national d’Episcopal Migration Ministries se sont retrouvés lors d’une retraite à l’Episcopal Church Center de New York alors qu’EMM et les huit autres organismes de réinstallation des États-Unis étaient confrontés à des réductions budgétaires en raison de la politique des États-Unis en matière d’admission de réfugiés. Photo : EMM via Facebook

Période inquiétante pour la réinstallation des réfugiés

Les dernières sept semaines et demie ont été difficiles et imprévisibles pour les neuf organismes de réinstallation.

Le 27 janvier, le décret initial de Donald Trump a suspendu l’entrée des réfugiés aux États-Unis pour au moins 120 jours. Le décret indiquait également que lorsque l’administration lèverait l’interdiction, d’autres restrictions seraient imposées aux réfugiés potentiels de sept pays à majorité musulmane. Donald Trump a en outre déclaré qu’une fois l’interdiction levée, il n’autoriserait que 50 000 réfugiés à entrer aux États-Unis au lieu des 110 000 prévus pour l’exercice. Selon le droit fédéral, le président décide chaque année du nombre maximum de réfugiés qui seront autorisés à se réinstaller aux États-Unis. Les neuf organismes avaient tous adaptés leurs personnel et bureaux pour réinstaller un bien plus grand nombre de réfugiés.

Le 6 février, James Robart, juge de District des États-Unis à Seattle a temporairement bloqué la mesure prise par Donald Trump, laissant le Programme d’admission des réfugiés du Département d’État dans l’incertitude. Donald Trump a émis son deuxième décret présidentiel le 6 mars, retirant l’Irak de la liste des sept pays et reformulant son premier décret pour tenter d’éviter de nouvelles allégations de violation de la garantie de liberté religieuse qui figure dans la Constitution des États-Unis. Le nouveau décret maintient la réduction du nombre de réfugiés qui peuvent entrer aux États-Unis une fois que l’activité reprend.

Le décret du 6 mars est en suspens tandis que les juges de district fédéraux examinent les contestations. Le 29 mars, Derrick Watson, juge de district des États-Unis à Hawaï a bloqué le décret présidentiel pour une période plus longue. Derrick Watson avait auparavant imposé un jugement provisoire. La décision reste en vigueur jusqu’à ce que Derrick Watson en décide autrement, y compris au cours d’une procédure en appel déposée le jour suivant par l’administration Trump.

Le gouvernement a également fait appel de la décision d’un juge fédéral du Maryland qui a bloqué le décret. Et James Robart, le juge de district fédéral de l’État de Washington, n’a pas encore statué sur les contestations du deuxième décret présidentiel.

Le terme « réfugié » a un sens juridique spécifique. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) désigne une personne en tant que « réfugiée » si elle fuit la persécution, la guerre ou la violence. Ces personnes présentent une demande de désignation et sont considérées de façon distincte des immigrés. Elles obtiennent la désignation de réfugiées une fois que l’UNHCR a vérifié leur demande. Episcopal Migration Ministries réinstalle les réfugiés qui ont reçu la désignation de l’ONU, sont envoyés par l’ONU aux États-Unis et subissent un processus de vérification des États-Unis.

L’impact du décret présidentiel sur les résultats d’EMM est particulièrement lourd car EMM est un ministère unique de l’Église épiscopale, tant sur le plan structurel que fiscal. Tout en n’étant pas constitué en société séparée comme l’est Episcopal Relief & Development, EMM reçoit très peu d’argent du budget général de l’église, recevant au lieu de cela 99,5 % de son financement du gouvernement fédéral. Son bureau principal est sis au sein de l’Episcopal Church Center à New York.

Mark Stevenson indique que 90 % de l’argent du contrat va directement à la réinstallation des réfugiés. EMM retient environ 2 millions de dollars pour ses coûts administratifs, y compris tous les salaires du personnel national. Tout argent inutilisé est reversé au gouvernement.

Les affiliés reçoivent de l’argent des contrats fédéraux par l’intermédiaire d’EMM et sont ainsi confrontés à d’importantes réductions budgétaires lorsqu’aucun réfugié n’entre dans le pays. Le réseau d’EMM est une combinaison de trois types d’affiliés. Deux sont essentiellement des succursales d’EMM. Les autres sont des structures indépendantes qui travaillent uniquement avec EMM ou avec EMM et Church World Service et/ou Lutheran Immigration and Refugee Service.

Les affiliés utilisent des réserves de trésorerie, des collectes de fonds et tout appui qu’EMM peut leur donner pour payer leurs salariés et couvrir les loyers et autres charges d’exploitation. Le Conseil exécutif de l’Église est convenu en février de donner à EMM 500 000 dollars pour l’aider pour l’exercice 2017. L’organisme lui-même a récemment annoncé une campagne de collecte de fonds pour combler l’écart de financement.

Au cours de l’exercice 2016, soit du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016, EMM a réinstallé aux États-Unis 5 762 réfugiés provenant de 35 pays, notamment de la République démocratique du Congo, de la Birmanie, de l’Afghanistan et de la Syrie. Pour l’exercice en cours, EMM a déjà accueilli 2 766 réfugiés et avait prévu de réinstaller 6 175 personnes jusqu’à ce que Donald Trump signe son décret le 27 janvier. Au total, chacun des neuf organismes a déjà réinstallé environ 38 000 réfugiés pour l’exercice en cours, explique Mark Stevenson.

Depuis le changement de politique de l’administration Trump, EMM a réduit son personnel national de base de 22 % du fait de la réduction du financement fédéral. EMM a annoncé en février qu’il fermerait le bureau qu’il avait à Miami depuis plus de 30 ans, non pas en raison des décisions de l’administration Trump mais du fait des changements décidés par l’ancien Président Barack Obama en ce qui concerne la politique des États-Unis vis-à-vis des migrants cubains.

La division par six du réseau d’affiliés et la fermeture du bureau de Miami représentent une réduction de 23 % du réseau, poursuit Mark Stevenson. « Nous espérons que ce sera suffisant », ajoute-t-il.

Certains des neuf autres organismes de réinstallation ont déjà annoncé leurs décisions. World Relief a déclaré à la mi-février qu’il  lui faudrait licencier plus de 140 membres de son personnel et fermer ses bureaux de Boise (État de l’Idaho), Columbus (État de l’Ohio), Miami, Nashville (État du Tennessee) et Glen Burnie (État du Maryland).

Church World Service a lancé une campagne de collecte de fonds d’un million de dollars.

L’autre réalité, explique Mark Stevenson, est que le nombre réduit de réfugiés et les décisions que les organismes doivent prendre vont nuire à l’économie des villes des affiliés. Les propriétaires qui louent aux réfugiés, les employeurs qui les embauchent et les professeurs de langue, le personnel médical, les employés des écoles qui les aident à s’intégrer dans la société américaine vont perdre de l’argent ou des emplois, prédit Mark Stevenson.

« Nous prenons les meilleures décisions stratégiques que nous pouvons en fonction des informations dont nous disposons », conclut-il. « Ainsi, compte tenu des informations que nous avons maintenant et en partant de l’hypothèse que les neuf organismes de réinstallation continuent tous de travailler, nous croyons que cet ajustement de la taille de notre réseau nous positionnera correctement et nous permettra d’être un réseau sain de réinstallation des réfugiés lorsque prend fin la suspension et pour l’exercice 2018 ».

Entretemps, Rebecca Linder Blachly, directrice des relations avec le gouvernement de l’Église épiscopale a déclaré à ENS que son bureau continuerait à aider ceux de l’administration qui décideront si l’interdiction peut être levée après 120 jours à « faire confiance au bon processus que nous avons mis en place » pour la réinstallation des réfugiés.

Le  communiqué de presse officiel concernant la réduction se trouve ici.

– La révérende Mary Frances Schjonberg est rédacteur et journaliste pour l’Episcopal News Service.

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