L’eau : bien commun ou marchandise ?

Trinity Institute 2017

[Episcopal News Service] La demande en eau devrait augmenter de 55 % d’ici 2030, selon les prévisions et, dans le même temps, il est possible que les ressources globales en eau ne répondent qu’à 60 % des besoins mondiaux.

« L’Afrique, l’Inde, le Moyen-Orient et l’Australie sont en crise », a déclaré Maude Barlow, ancienne conseillère principale aux Nations Unies, responsable de la question de l’eau et auteure, militante politique et critique politique. Certains disent que « la solution à la crise de l’eau est la marchandisation de l’eau », a-t-elle ajouté, lors de la séance du 23 mars sur le thème : « l’eau : bien commun ou marchandise », dans le cadre de la conférence mondiale intitulée Water Justice, qui s’est tenue du 22 au 24 mars à Trinity Church Wall Street à New York et par webcast au niveau mondial.

Le révérend Brandon Mauai, diacre du diocèse du Dakota du Nord et membre de la Nation sioux de Standing Rock a parlé de l’appui de l’Église épiscopale à la Nation sioux de Standing Rock, elle et ses alliés ayant lutté contre le tracé de l’oléoduc de Dakota Access. Photo : Leo Sorel/Trinity Wall Street

Le but de la conférence était de présenter des directives pour encourager les initiatives individuelles, des congrégations et la communauté de foi au sens large, en faveur d’une « justice de l’eau »,  dans les domaines de l’accès à l’eau, de la sécheresse, de la pollution, de l’élévation du niveau des mers et des inondations. Water Justice est la 46e conférence annuelle organisée par Trinity Institute, les conférences passées ayant traité de justice raciale et d’inégalité économique.

Si les Grands Lacs, le plus vaste système d’eau douce de surface sur terre, « étaient pompés aussi impitoyablement que les eaux souterraines, ils seraient asséchés en 80 ans », avertit Maude Barlow. La Mer d’Aral en Russie, jadis le quatrième plus grand lac d’eau douce au monde, est à présent réduite à 10 % de sa dimension antérieure. La moitié des eaux de Chine, pays riche en eau, ont disparu. Sao Paulo, la deuxième plus grande ville du monde, est frappée par la sécheresse parce que la destruction rapide de la forêt tropicale d’Amazonie a diminué les nuages de vapeur d’eau qui transportaient l’eau jusqu’au centre et au sud du Brésil.

Tout ceci se produit, explique Maude Barlow, alors que les sociétés, les gouvernements et la Banque mondiale envisagent un marché mondial de l’eau, avec à terme des contrats pour vendre l’eau comme le pétrole et le gaz.

« [L’eau] est-elle un droit de l’homme, un bien d’intérêt public ou un actif privé ? » demande Maude Barlow.

Comme l’a souligné Christiana Zenner Peppard, professeure à Fordham University, théologienne et spécialiste de l’eau douce, dans sa réponse à l’intervention de Maude Barlow, un être humain ne peut survivre au delà de sept jours sans eau.

L’« eau n’est pas remplaçable par quoi que ce soit d’autre, c’est le référentiel pour les systèmes humain, écologique et planétaire », poursuit-elle. « On ne peut pas parler d’eau et de justice comme de deux choses séparées ».

En termes de valeurs et d’éthique religieuses de l’eau : « elle est fondamentale à la vie et comprise comme une ressource finie » et, pour le moins du point de vue chrétien, l’accès à l’eau signifie se préoccuper des « plus petits d’entre nous ».

À la suite de l’intervention de Maude Barlow et de la réponse de Christiana Peppard, le public présent à Trinity a écouté les récits de trois intervenants confrontés à trois formes très différentes de crises de l’eau.

Trois ans après la crise de l’eau à Flint (État du Michigan), les habitants continuent à dépendre de l’eau en bouteille pour leurs besoins en boissons et hygiène, a déclaré Nakiya Wakes, militante et porte-parole de Flint Rising, une coalition d’organisations communautaires qui préparent les habitants de Flint pour le long terme.

« On nous a menti pendant trop longtemps et nous n’avons pas confiance en notre gouvernement », a-t-elle expliqué. « Cela fait trois ans que nous buvons de l’eau en bouteille… nous n’avons pas accès à l’eau potable aux États-Unis d’Amérique. Ils appellent le Michigan « Pure Michigan » et nous sommes purement empoisonnés ».

Le révérend Brandon Mauai, diacre du diocèse du Dakota du Nord et membre de la Nation sioux de Standing Rock a parlé de l’appui de l’Église épiscopale à la Nation sioux de Standing Rock, elle et ses alliés ayant lutté contre le tracé de l’oléoduc de Dakota Access. Le tracé de l’oléoduc de 1 885 km passait à l’origine près de Bismarck (État du Dakota du Nord) mais a été modifié après que les habitants ont exprimé leur préoccupation par rapport à un accident qui contaminerait l’eau potable de la ville. Au lieu de cela, l’oléoduc passe sous le fleuve Missouri au lac Oahe, réservoir qui fournit l’eau pour la réserve de Standing Rock et d’autres en aval.

En septembre 2016, des fonctionnaires fédéraux ont interrompu la construction de l’oléoduc sur les terres bordant ou sous le lac Oahe qui appartiennent à l’Army Corps of Engineers des États-Unis, l’agence fédérale chargée des autorisations sur les terres publiques et les voies fluviales. En décembre, le président Barack Obama a bloqué la construction sur le segment contesté de l’oléoduc.

« Nous allons continuer à parler à quiconque nous écoutera. L’Église continuera à jouer un rôle actif, nous avons participé activement au nettoyage… nous continuerons à faire ce que la tribu a besoin que nous fassions en tant qu’Église, nous serons là pour apporter une aide de toutes les façons possibles », a-t-il déclaré.

Des milliers d’épiscopaliens ont rejoint ceux qui soutiennent la Nation sioux, le plus récemment pour la manifestation et rassemblement Native Nations Rise, le 10 mars à Washington.

L’archevêque Winston Halapua, l’un des trois primats de l’Église anglicane en Polynésie et à Aotearoa en Nouvelle-Zélande, responsables des congrégations samoanes, tongiennes, indo-fidjiennes et fidjiennes, a parlé de son enfance et comment il a grandi à Tonga, où sa vie était synchronisée avec le cycle des marées.

La montée du niveau de la mer continue à engloutir des îles entières dans le Pacifique, où l’Église anglicane d’Aotearoa en Nouvelle-Zélande et de Polynésie établit une « stratégie claire de résilience » pour renforcer ses moyens face à de futures catastrophes naturelles dans les îles du Pacifique.

« L’eau est le reflet de Dieu, vous et moi ne vivons pas sans eau », a conclu Winston Halapua.

Article complet en anglais.

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